CRÉATEUR DE PROXIMITÉ DIGITALE, FORMER,TRANSFORMER, RAPPROCHER

UnknownLe développement des pratiques de e-santé (DMP, systèmes de suivi patient à distance, télé-médecine…) est-il de nature à faire baisser les dépenses de santé en France ? Ou les augmenter ?

La e-santé recoupe effectivement des concepts et des dispositifs très différents, allant de la simple consultation d’informations médicales sur Internet à l’usage de « drones chirurgicaux » capables d’opérer des patients avec une grande précision sous le contrôle distant d’un chirurgien qui ne touche plus le malade, en passant par le télédiagnostic et le télé suivi des pathologies chroniques. Comme souvent avec ce type de techniques l’effet économique est ambigu. D’un côté, cela peut certainement entraîner des baisses de coûts. Un meilleur suivi des pathologies chroniques peut diminuer la survenue de complications coûteuses, l’usage de la robotique abaisser les taux d’accidents opératoires, la généralisation des dossiers médicaux individuels et partagés réduire les allergies ou les interactions médicamenteuses. Mais de l’autre côté, la e-santé n’est pas gratuite. Il faudra payer les équipements, développer des infrastructures, former les personnels de santé développer de nouvelles compétences et de nouveaux métiers, réorganiser certaines institutions, … La balance économique est incertaine et variera certainement selon les types de prestations qui seront « digitalisées ». La motivation première, de toute manière, ne sera pas économique : la téléconsultation ou le télédiagnostic sont d’abord vues comme des solutions à la désertification médicale, l’accès à des données individuelles de type DMP comme un moyen d’améliorer la pertinence des soins. C’est d’ailleurs assez sain que l’innovation organisationnelle qu’apporte potentiellement la e-santé soit d’abord motivée par ses aspects positifs sur la qualité des prises en charge et que le bilan économique soit plus une conséquence qu’une cause.

 

Existe-t-il un risque que la santé connectée approfondisse encore la fracture médicale qui s’élargit entre  les Français ?

L’idée serait plutôt qu’elle la réduise ! Par exemple en permettant à des personnes vivant loin des centres urbains de bénéficier, à travers la télémédecine, de la même expertise que les patients des zones citadines. Ou en mettant à la disposition de tous une information médicale facilement accessible dont il faudra veiller à la qualité. La e-santé comporte une dimension non négligeable d’ « empowerment » du patient. Cela étant, c’est vrai que ces nouveaux outils seront sans doute plus facilement adoptés par des gens plutôt jeunes et plutôt aisés. Il faudra sans doute concevoir des outils suffisamment intuitifs pour que les obstacles d’âge ou d’éducation n’engendrent pas de nouvelles inégalités.

Les objets connectés et notamment les outils de prévention individuels représentent-ils un marché pérenne en matière de santé ? A quelles conditions ?

Je pense en effet que c’est un marché émergent et pérenne qui va répondre à une demande préexistante de personnes déjà sensibilisées à ces sujets. Notamment aux questions de forme et de bien-être. La plupart des objets connectés concernent actuellement des sujets de ce type, notamment la mesure de l’exercice physique. On voit apparaître des objets plus médicalisés qui mesurent et transmettent en temps réels des variable biologiques comme la glycémie des patients diabétiques ou la tension artérielle. Certains peuvent prétendre au statut officiel de « dispositifs médicaux » et – pourquoi pas – être pris en charge par la sécurité sociale. Il faudra cependant qu’ils démontrent leur efficacité et leur utilité réelle. Il faudra également qu’ils ne soient pas perçus par les patients comme des dispositifs de surveillance ou de « flicage » médical. Le risque c’est que n’utilisent ces dispositifs que des personnes suffisamment motivées, qui auraient effectuées les mesures et examens nécessaires de toute manière. Dans ce cas le bénéfice additionnel des dispositifs connectés serait moindre. Il faudra évaluer précisément comment ces objets sont utilisés pour envisager des prises en charge collectives.

Face à cette révolution, l’industrie du médicament devra repenser ses pratiques. Dans quel esprit et avec quelles modalités ? 

L’industrie pharmaceutique est bien sur concernée à plusieurs titres. D’abord l’ère de la « big data » ouvre des possibilités nouvelles, notamment dans le ciblage des thérapeutiques. Grâce aux données génétiques, il est d’ores-et-déjà possible de savoir si tel ou tel patient va ou non répondre à tel ou tel traitement. Cela évite des traitements inutiles, réduit la taille du marché mais augmente le bénéfice du traitement. Avec un effet sur le prix si le nombre de patients éligibles est faible. Par ailleurs se développe une industrie du test biologique qui accompagne celle du médicament ciblé. La e-santé peut également permettre un suivi des traitements avec un repérage des effets indésirables. La pharmacovigilance de demain se fera par le biais de signaux d’alertes intégrés aux bases de données patients : par exemple si on repère un nombre anormal d’hospitalisation pour une certaine cause après la prise de tel ou tel médicament. On peut imaginer que cela fasse partie des « plans de gestion de risque » de médicaments potentiellement dangereux. La e-santé peut également favoriser l’observance des traitements en envoyant des rappels en cas d’oubli de prises par exemple. La encore il faudra veiller à respecter la liberté et l’autonomie du patient. La e-santé risque de poser une intéressante question philosophique : avons- nous le droit de surveiller en permanence le comportement d’individus, même si c’est pour leur bien ? Et a fortiori si c’est pour un bénéfice collectif ? Les questions de « consentement éclairé », qui ne concernent aujourd’hui que les patients participants à des essais cliniques, risquent de devenir la norme en matière d’usage de ces nouvelles techniques.

 

 

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